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LIBERTINAGE ET ECHANGISME

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« Je suis libertine », fredonnait Mylène Farmer, célèbre pour son goût de la provocation… Aujourd’hui, le libertinage semble s’être démocratisé et touche de plus en plus de gens, engouement facilité notamment par le développement d’internet. Quelle est sa place aujourd’hui dans une société qui a connu la révolution sexuelle ? Quels sont ses pratiques et ses dangers ?

LE LIBERTINAGE D’HIER A AUJOURD’HUI

Au XVIIe siècle, le libertinage se référait à la libre pensée, celle qui est affranchie de tous dogmes établis. Le libertin était en marge de la société en tout point de vue. Il s’opposait aux valeurs de l’époque par provocation. Les libertins étaient la plupart du temps des aristocrates ou des Rois, des personnes cultivées possédant un langage d’argumentation et de persuasion.

Aujourd’hui lorsque nous parlons de libertinage, nous n’évoquons presque exclusivement le libertin sexuel. Ce dernier s’adonne à des pratiques sexuelles définies comme « hors-norme » en comparaison aux pratiques sexuelles conventionnelles de la plupart des couples. Concrètement, le libertin du XXIe siècle a des relations sexuelles avec d’autres personnes que son partenaire amoureux, en présence de ce dernier ou non. Il peut s’agir d’échangisme (échange de partenaires sexuels), de triolisme (relations sexuelles à 3), etc.

Le libertinage est donc un phénomène qui prend davantage d’ampleur dans notre société, celle qui a subi la révolution sexuelle. Mais quelles sont ces personnes qui deviennent libertines ?

LIBERTINAGE ET ÉCHANGISME

On a donc pu voir qu’historiquement, le libertinage est avant tout un courant de pensée. Libre-penseur, anticonformiste, il met en avant la liberté et l’éthique individuelle contre les codes moraux imposés par la société et les religions. Si le terme s’est peu à peu réduit au seul champ des pratiques sexuelles (et singulièrement de la sexualité de groupe), on en doit pas perdre de vue que les « vrais » libertins conservent ce sentiment d’appartenir à un milieu qui partage une certaine tournure d’esprit et un certain art de vivre.

L’échangisme n’est que l’une des pratiques sexuelles qui ont cours dans le mouvement libertin. La plus « complète » au sens où elle admet l’échange total de partenaires, jusqu’à la « pénétration hors couple ».

Bien que les femmes soient de plus en plus attirées par l’échangisme, les hommes seraient davantage libertins. Ils sont en effet plus attirés par la multiplicité des partenaires sexuels et les pratiques à plusieurs. La moyenne d’âge des pratiquants serait au-delà de 30 ans, et plus particulièrement à l’âge de la quarantaine. Nous pensons que la plupart des hommes sont attirés par l’échangisme dès le début de l’âge adulte mais ne « saute » pas le pas. Les libertins sont des personnes à l’aise avec leur sexualité et leur corps, compétence que l’on n’acquiert pas dès le commencement de sa sexualité. Les échangistes n’ont pas de problème à l’idée d’être regardés ou caressés par d’autres personnes que leur partenaire amoureux.

En couple ou seul, la raison principale de l’échangisme est la recherche de nouvelles stimulations sexuelles. Les couples peuvent s’inscrire dans une certaine routine après les années, c’est pourquoi certains d’entre eux choisissent de pimenter leur vie sexuelle par des relations sexuelles avec d’autres partenaires. Ces rencontres peuvent avoir lieu dans des clubs privés prévus à cet effet, au domicile ou encore dans certains lieux cachés en extérieur (plage par exemple). D’autres personnes pratiquent le libertinage et l’échangisme par refus de conventionalité. Avoir plusieurs partenaires sexuels leur permet de ne pas s’inscrire dans une relation de couple traditionnel.

Actuellement, la fidélité reste une valeur prédominante dans le couple. Les partenaires n’envisagent pas de relations extra-conjugales, qu’elles soient amoureuses ou sexuelles. Chez les couples libertins, les partenaires se définissent un code de conduite tout à fait différent. Ils se promettent amour et respect mais acceptent qu’ils aient d’autres partenaires sexuels. Ils ne se considèrent pas infidèles. Les libertins ont donc une conception du couple et des relations sexuelles qui dépassent les limites conventionnelles de notre société. Les partenaires définissent s’il y a des limites qu’ils ne peuvent pas franchir, comme par exemple accepter que son partenaire ait des relations sexuelles avec d’autres mais qu’il n’y ait pas d’échange de baisers sur la bouche.

Le libertinage est cependant à pratiquer avec précaution et avec la certitude du consentement des deux partenaires, dans le cadre d’un couple. Les règles et limites doivent être définies ensemble et acceptées par les deux partenaires. Il faut également avoir conscience que les premières expériences échangistes peuvent être une véritable découverte, mais peuvent également être un choc. Le couple doit être suffisamment complices et soudés pour ce type d’expériences sexuelles. La communication y est d’ailleurs importante.

LES FRANÇAIS ET L’ÉCHANGISME

Les échangistes sont donc des personnes ayant déjà eu des rapports sexuels avec leur partenaire associé(e) à au moins une autre personne. Si ce terme fait souvent référence à une relation sexuelle entre deux couples, il recouvre, comme nous l’avons évoqué précédemment aussi d’autres pratiques telles que le triolisme (relation entre un couple et une tierce personne) ou le mélangisme (baisers et caresses poussées sans pénétration) entre couples.

D’après l’étude « Les français et l’échangisme », les pratiques échangistes sont d’autant plus fréquentes que la relation de couple est instable. Ainsi, elles sont plus fréquentes chez les célibataires que chez les personnes en couples non cohabitants et le sont moins chez les personnes vivant en couple.

Une étude menée sur plus de 1000 français par l’IFOP en 2010 a mis en évidence la perception de cette pratique. En effet, selon leurs résultats, 64% des hommes seraient tentés par l’expérience du triolisme (un homme avec deux femmes) contre moins d’une femme sur 3 (31%) pourraient envisager une relation avec deux hommes. A condition qu’il s’agisse de partenaires avec lesquels(les) ils ou elles ne sont pas en couple.
Quant à envisager ce triolisme avec leur partenaire habituel(le), il reste 50 % des hommes tentés pour 23 % des femmes.

D’après la grande enquête CSF, 1,7 % des femmes a déjà fréquenté un lieu échangiste pour 3,6% des hommes. Et 0,6 % des femmes, ont déjà eu une relation sexuelle dans un lieu échangiste pour 2,2 % des hommes. L’échangisme reste le plus souvent de l’ordre du fantasme.

La proportion plus élevée d’hommes est due à ce que l’échangisme est souvent une affaire d’hommes seuls. Résultat, 75 % des échangistes sont des hommes. Et les hommes consomment plus, puisque 3 hommes sur 5 qui fréquentent un lieu échangiste y ont eu un rapport sexuel pour une femme sur 3 seulement. Pour de certains hommes, l’échangisme a remplacé la prostitution car il est nettement plus valorisant pour un homme de se présenter comme « libertin » que comme client de prostituée. Il existe dans les clubs des hôtesses qui sont concrètement des travailleuses du sexe.

D’autre part, l’homosexualité masculine pas très en évidence, est pourtant très présente dans la planète échangiste : 25 % des hommes avouent leur bisexualité, 8,3 % l’envisagent et 27,8 % des hommes en ont le fantasme. Quant aux relations sexuelles entre couples, 35% des hommes s’y intéresseraient contre 13 % des femmes.

Dans cette même étude, les couples pratiquant l’échangisme affirment que cette expérience n’a pas d’impact négatif sur leur vie amoureuse et sexuelle. Il aurait un impact positif au niveau du désir et de l’excitation sexuelle au sein du couple, tant pour les hommes (80%) que pour les femmes (65%). Cette pratique permettrait aussi de briser la monotonie et de maintenir la complicité du couple sur la durée. Pourtant, en consultation de sexologie, on observe de grosses difficultés de couples, des séparations à la suite d’expériences échangistes. Surtout qu’en général, « l’arrangement conjugal des couples dans l’échangisme est une forme de négociation sous contrainte par laquelle la femme, en dernière analyse, cède ».

CONCLUSION

En ce domaine, comme pour tout ce qui concerne la sexualité, il n’existe aucune loi universelle. L’important est de se questionner sur ses propres désirs, et ce qui est en jeu dans l’échangisme. Le subtil équilibre du couple en dépend.

L’échangisme est l’expression d’une certaine forme de liberté. Les couples échangistes peuvent se réjouirent de cette liberté, mais ne doivent pas oublier que l’échangisme engage, qu’ils le veuillent ou non, une part d’eux-mêmes et pas des moindres, dans le domaine de la sexualité.

Cette apparente liberté n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le couple peut se retrouver déstabilisé surtout si l’un pratique l’échangisme pour faire plaisir à l’autre. Le danger serait le sacrifice de l’un des acteurs du couple. Pour les femmes comme pour les hommes, assumer sa sexualité et revendiquer le droit au plaisir oblige à s’affranchir des pudeurs et à dépasser ses contradictions intérieures. En cela un thérapeute peut être le support idéal pour révéler et aider à assumer certaines tendances.

Géraldine CHANAL
Psychologue – thérapeute de couple
3 rue des Cottages 75018 Paris
Tel : 07 86 05 00 87