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LES VISAGES DE L’INFIDELITE FEMININE ET MASCULINE

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Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales où le désir individuel prime sur les impératifs sociétaux, la conjugalité et la sexualité se complexifient considérablement. Il est possible de réaliser sa sexualité à deux ou davantage, au sein d’un couple ou pas, légal ou pas, hétérosexuel ou pas. Il est aussi possible de vivre en couple sans relation sexuelle.

Mais en général, la sexualité tient une place importante dans la majorité des couples d’aujourd’hui, y compris jusqu’à un âge avancé.

 

LA SEXUALITE DES FEMMES

 

La sexualité des femmes a longtemps été tributaire de ses repères biologiques : Puberté/ménopause, défloration et grossesse ont été pendant longtemps les jalons d’une sexualité passive qui consistait à se soumettre au sexe de l’homme et à mettre au monde.

La fin du 20è siècle, l’affirmation des droits de la femme, le nivellement progressif des rôles sociaux, l’arrivée de la contraception…ont permis aux femmes l’expression de leurs désirs, de la déculpabilisation du plaisir et leur ont permis de dépasser leurs inhibitions et de vivre activement leur sexualité.

Après des siècles de passivité obligatoire et de plaisir interdit, les femmes d’aujourd’hui se trouvent paradoxalement confrontées à un nouveau modèle de sexualité dont le plaisir est devenu cette fois-ci, la norme de féminité et aussi l’obligation.

Aujourd’hui, ces tabous et interdits ont de moins en moins cours, mais ils cèdent la place à des normes issues d’une nouvelle culture, imposant une sexualité épanouie, sans quoi les femmes sont rapidement étiquetées de « coincées »…

Cependant, encore aujourd’hui, la principale caractéristique de la sexualité féminine est sans doute sa dimension relationnelle (bien que le plaisir sexuel physique soit devenu une source d’épanouissement en soi) : Pour de nombreuses femmes, et toutes tranches d’âge confondues, on ne fait pas l’amour sans amour.

Pour une grande majorité de femmes, la sexualité s’inscrit dans une relation à l’autre qui l’inspire et lui donne tout son sens : une sexualité fondée sur le partage émotionnel et la relation davantage que sur le simple plaisir sensoriel ou le besoin de soulagement des tensions et de l’excitation.

 

LA SEXUALITE DES HOMMES

 

Seulement 33% des hommes (enquête dePsychologies.com interprétée par P. Brenot) se déclarent très satisfaits de leur vie sexuelle ; la cause principale de ce faible pourcentage est la fréquence des rapports, qu’ils sont 63% à trouver insuffisante.

Les chiffres démontrent toujours la même conclusion quelles que soient les études et l’endroit du monde : l’homme moyen, qu’il soit célibataire ou marié ne fait jamais l’amour autant qu’il le désire, contrairement à la femme.

La plupart des maris auraient souhaité avoir deux fois plus de relations sexuelles durant les vingt dernières années de leur vie de couple. Pourtant, 92% se disent amoureux de leur compagne. Selon P. Brenot, cela représente une preuve que les hommes ont changé : « tous les hommes feraient volontiers l’amour tous les jours mais la plupart d’entre eux s’adapte au rythme de la vie, au désir de leur compagne, tout simplement parce qu’ils préfèrent gérer cette frustration plutôt que de mettre leur couple en péril ».

La majorité des hommes souffriraient en silence de cette frustration sans que leur femme ne s’en doute. Or, les conséquences du manque constant de satisfaction sexuelle peuvent être graves pour un couple, ce qui justifie la raison première de l’infidélité de certains hommes.

Toutefois, l’évolution des comportements sexuels masculins est lente : « les hommes ont de tout temps reçu un message culturel et éducatif, selon lequel ils étaient maîtres de la sexualité ; ils ont toujours été ceux qui devaient désirer. Mais aujourd’hui, ils s’aperçoivent qu’ils ont aussi besoin d’amour et de tendresse.

Parallèlement, ils se trouvent face à des femmes plus ouvertement désirantes ce qui représente un changement désarçonnant. L’enjeu des couples aujourd’hui, est d’être désirant ensemble !

Les hommes sont ainsi plus nombreux à exprimer une perte de désir, symptôme apparu il y a à peine 10 ans et qui est à relier au changement du rapport hommes-femmes dans la société ; les « nouvelles femmes » se montrent exigeantes en matière de sexualité et disent ouvertement ce qu’elles veulent ce qui déstabilise certains hommes. Et les amènent à désinvestir la sexualité de peur de ne plus être à la hauteur de leurs attentes de performance.

Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à vouloir donner du sens au sexe, le ré-humaniser et le re-sacraliser, refusant ainsi la performance. ils seraient à peine la moitié à pouvoir faire l’amour sans sentiment ; les autres auraient besoin d’une sécurité affective pour passer à l’acte.

 

EVOLUTION DE LA NOTION D’INFIDELITE

 

Apparu dans la langue française en 1160, le mot « infidélité » vient du latin infidelitas, lui-même dérivé de fides, signifiant « foi ». Est donc infidèle, celui qui viole la foi jurée. Dotée d’un sens religieux dans un premier temps, l’infidélité signifie dès la Renaissance, la déloyauté, la trahison et, par la suite l’inconstance amoureuse.

Toutefois, ce n’est qu’au 17è Siècle, qu’elle atteint, au sens conjugal du terme, son apogée littéraire. Par ailleurs, l’histoire montre que l’infidélité féminine a été hautement condamnée.

Dans la Grèce Antique, l’infidélité est punie pour le couple mais aussi pour toute personne complice qui peut être punie à mort, fustigée ou subir une mutilation de ses organes sexuels. Au Moyen Age, la plupart des récits parle d’infidélité conjugale.

Aux 17è et 18è siècles, l’infidélité est très répandue ; l’Eglise interdit le divorce et l’infidélité est considérée comme un péché très important : les époux peuvent se séparer mais n’ont plus le droit de se remarier. Jusqu’au 19è siècle, l’infidélité féminine est condamnée.

En 1810, le code pénal fait de l’adultère un délit : pour l’homme, l’infidélité ne sera condamnée seulement si elle est commise sous le toit familial et de façon répétée ; pour la femme, elle sera passible d’une peine infamante, de sévices et injures très graves.
Au 19è siècle, l’infidélité devient de plus en plus fréquente. L’infidélité reste encore aujourd’hui répréhensible puisque perçue par de nombreuses sociétés comme une violation du devoir de fidélité imposé par le mariage.

En France, depuis 1975, l’infidélité n’est plus considérée comme une faute pénale mais demeure une faute civile dans la mesure où « les époux se doivent mutuellement fidélité ».

Depuis, on assiste à une évolution majeure des mœurs dans nos sociétés contemporaines ; l’infidélité est de moins en moins un sujet tabou et devient une réalité où les femmes prennent une place importante et décomplexée.

L’INFIDELITE AUJOURD’HUI

 

La manière dont l’infidélité est pratiquée, perçue et vécue ne peut se comprendre qu’en référence à un contexte socio-historique et culturel donné. Comme nous l’avons vu, les récents changements de la société française en ont modifié les contours et les représentations : à une norme sociale et religieuse intangible, destinée à protéger l’institution matrimoniale comme fondement de la société, s’est substituée une norme privée et interne au couple.

Les figures de l’infidélité se sont ainsi diversifiées par rapport aux siècles passés. Par ailleurs, l’infidélité est plus susceptible de mener à la rupture du couple officiel. En effet, les changements conjugaux contemporains dans les pays occidentaux traduisent le passage d’une définition institutionnelle ancienne du mariage à une définition interne et largement subjective du couple.

La notion ancienne d’adultère traduisant une norme culturelle, sociale et religieuse a cédé la place à cette notion d’infidélité et le comportement visé est moins dénoncé comme une faute ou un péché que comme une conséquence qu’il peut avoir sur le couple.

Dans l’article « Détrompez-vous sur l’infidélité », trois critères permettent de conclure à une infidélité : son caractère secret, l’intimité émotionnelle et la chimie sexuelle.

L’infidélité serait la violation de l’engagement négocié ou implicite, touchant l’amour et la sexualité.

Être infidèle, c’est donc de cacher à son ou sa partenaire qu’il existe un lien de nature amoureuse et/ou sexuelle avec une tierce personne. La fidélité peut aussi bien être définie en termes d’exclusivité de relations physiques, qu’en termes d’exclusivité sentimentale.

Or pendant longtemps, l’infidélité n’a pu être constituée que par l’adultère, traditionnellement défini comme la consommation par un époux de relations sexuelles avec un tiers.

Aujourd’hui, l’infidélité est plus complexe à définir de par sa dimension psychique et fantasmatique. Toutes les études montrent que l’infidélité n’est pas un événement banal et qu’elle serait moins fréquente qu’on ne le pense ; les pourcentages varient en fonction de ce que l’on recherche : léger contact extraconjugal ou liaison d’au moins un mois. Un bon pourcentage des infidélités se produit au cours de la dernière année de vie commune précédant la séparation.

L’infidélité étant multimodale, multifactorielle, il existe plusieurs modèles permettant d’en appréhender les contours.

 

INFIDELITE SEXUELLE ET INFIDELITE AFFECTIVE

 

Certains auteurs rapportent trois types d’infidélité : une infidélité sexuelle, une infidélité affective /émotionnelle et la troisième, combinaison des deux précédentes : l’infidélité combinée.

L’infidélité sexuelle consiste, comme son nom l’indique, à s’engager sexuellement avec une autre personne; il peut s’agir de comportements sexuels tels que baisers, caresses, sexe oral, ou bien de rapports sexuels.

L’infidélité émotionnelle consiste à s’impliquer émotionnellement avec une autre personne que son partenaire, c’est à dire passer régulièrement du temps ensemble, partager des secrets, avoir des conversations intimes, tomber amoureux(se)…

L’infidélité peut donc être décrite soit comme une implication sexuelle sans engagement affectif/émotionnel, soit comme un attachement affectif sans implication sexuelle, soit comme une combinaison d’implication sexuelle et d’engagement affectif (forme d’infidélité la plus menaçante pour le couple d’origine).

Les hommes et les femmes ont en générale des définitions différentes de l’infidélité : les femmes identifient plus que les hommes, les actes de trahison affective comme de l’infidélité. Les hommes, plus que les femmes, identifient les interactions sexuelles, comme des actes d’infidélité.

Le Figaro présente un article écrit par D. Mascret en 2012, indiquant que 63% des hommes contre 29% des femmes sont perturbés par une infidélité sexuelle de leur partenaire et 71% des femmes contre 29% des hommes le sont pour une infidélité affective.

D’autres études montrent que 33% des femmes contre 13% des hommes déclarent avoir été impliquées émotionnellement mais pas sexuellement dans une relation extraconjugale. Tandis que 62% des hommes contre 25% des femmes déclarent avoir été impliqués sexuellement mais pas émotionnellement dans une relation. 42% des femmes contre 26% des hommes déclarent avoir été impliquées émotionnellement et sexuellement dans une histoire.

On constate également qu’un plus grand nombre d’hommes s’est engagé dans une infidélité sexuelle, tandis qu’un plus grand nombre de femmes déclare avoir eu une infidélité émotionnelle. 40.5% des femmes contre 11.5% des hommes déclarent que leur plus récente relation extraconjugale était une relation suivie et une relation d’amour. Les femmes concernées rapportent un plus grand sentiment de culpabilité.

D’autres études présentées montrent que les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’avoir une relation seulement sexuelle et les femmes sont plus susceptibles d’avoir une relation seulement affective et émotionnelle.

Toutefois, une étude publiée en 2006 indique un glissement des représentations concernant la sexualité :

Pour les hommes, elle est davantage une affaire de plaisir et de sensualité (48%) et d’amour (40%), que de sexe (6%) ou de besoins (6%) Ils parlent volontiers, d’amour et de sentiments amoureux (70%). Ils valorisent les valeurs émotionnelles (importance de l’engagement affectif 36%) et relationnelles (orgasme simultané 41%) bien davantage qu’une performance quelconque (seulement 23%). Ils sont particulièrement attentifs au plaisir de leur partenaire et disent pour 91 % privilégier les préliminaires. Ils se disent plutôt fidèles dans leur couple : 34% seulement avouent avoir éprouvé du désir pour d’autres partenaires.

Pour les femmes, elle est aujourd’hui synonyme d’amour (44%) et non plus vraiment de procréation (7%).

 

INFIDELITE RELATIONNELLE ET PERSONNELLE

 

L’infidélité peut aussi se définir comme relationnelle ou personnelle voire plurielle. Elle montre des modèles opératoires différents et des niveaux de répercussions différents dans le couple.

Dans l’infidélité relationnelle, l’infidèle va chercher à l’extérieur du couple ce qui lui manque ou ce qui est source d’insatisfaction ou de frustration ; l’infidélité peut aussi être instrumentalisée et servir à se venger, à faire partir l’autre ou bien à se reconstruire narcissiquement.

L’infidélité trouve ici sa source dans une problématique de couple. Les motifs sont larges : du simple « faux pas », aventure sans lendemain, non préméditée, à l’occasion d’une manifestation un peu festive, souvent alcoolisée au cours de laquelle les personnes se laissent aller ou saisissent l’opportunité de vivre autre chose, jusqu’à la relation amoureuse qui peut s’installer, durer et mener à la fin du couple officiel avec la constitution d’un couple plus épanouissant (en lien avec un manque et un dysfonctionnement du couple officiel).

Dans l’infidélité personnelle, ce ne sont pas les manques ou dysfonctionnements du couple officiel qui conduisent à l’infidélité mais la trajectoire personnelle (histoire, personnalité….) qui en est la cause (trajectoire de vie complexe, enfance carencée, adolescence difficile, difficulté à se conformer aux règles et aux limites).

Entre ces deux pôles, existe un large éventail de situations qui peut se décliner en quatre points distincts, les deux premiers correspondant à l’infidélité « relationnelle » et les deux derniers à l’infidélité « personnelle » :

A. L’infidélité résultant d’une insatisfaction d’ordre intime

La thématique du « manque » domine, qu’elle soit relative à la sexualité, à la communication, à la divergence d’intérêt ou encore à l’intensité des sentiments qui s’émoussent. Ces infidèles vont chercher ailleurs, ce qui fait défaut dans leur vie de couple ;
– L’infidélité « faux-pas » : la personne cède momentanément à la tentation de l’infidélité, qui peut lui faire prendre conscience de son attachement au partenaire officiel.
– L’infidélité « par désamour » : l’investissement dans le couple est remis en question et la séparation est envisagée.
– L’infidélité « compensation » : quand l’insatisfaction ressentie dans le couple risque de le mettre en péril mais qu’il existe un fort engagement (ex : les enfants). L’infidèle trouve dans la relation parallèle, ce qui va permettre de pérenniser la relation principale.

B. L’infidélité instrumentale

Plutôt féminine, elle n’est pas destinée à combler un manque.
Il existerait ainsi :
– L’infidélité « prétexte » : moyen de provoquer une rupture avec le partenaire principal.
– L’infidélité « vengeance » : moyen de se venger de l’infidélité du partenaire officiel.
– L’infidélité « pour échapper à sa condition » : moyen de retrouver un espace de liberté et de valorisation personnelle.

C. L’infidélité « expérience »

Cette infidélité concerne les personnes qui ont besoin de faire d’autres expériences pour se construire.

D. L’infidélité comme « composante normale de la vie de couple »

Cette infidélité rassemble les personnes qui, bien que très satisfaites de leur vie de couple, multiplient les relations éphémères.
– L’infidélité « chronique » : cette infidélité peut s’apparenter à de la dépendance.
– L’infidélité comme « principe » : cette infidélité fait référence à une philosophie de vie hédoniste.

 

CONCLUSION

 

Nous avons vu que l’infidélité s’inscrit dans des cadres sensiblement différents selon le genre.

Les figures de l’infidélité se sont diversifiées avec le temps ; l’infidélité est aujourd’hui multiforme et multimodale et ne saurait s’expliquer par la simple recherche du plaisir. L’infidélité sexuelle chez les hommes mais surtout chez les femmes, n’a pas uniquement un objectif de plaisir physique mais peut être utilisée pour des finalités psychiques, sentimentales et affectives.

Il existe autant de sorte d’infidélité qu’il y a d’infidèles et de couples ; l’humain est complexe. Les gestes sexuels, la nature du désir, les motivations inconscientes sont infinis. L’infidélité n’arrive donc pas pour rien, par hasard.

Elle sert à quelque chose : recherche de plaisir sexuel, de nouveauté, de variété et d’excitation ; recherche de satisfaction affective, de compréhension, de dialogue et d’attention ; recherche d’amour ou de vengeance, de rébellion, d’hostilité ; recherche de reconnaissance, de respect pour améliorer son estime de soi ou se rassurer quant à sa capacité de séduire…

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les relations extraconjugales ont généralement peu à voir avec la sexualité telle quelle. Elles ont davantage à voir avec l’espoir d’être aimé et accepté, avec la peur, avec la déception, le vide et la colère, avec le secret, la trahison et la douleur… La diversité des biographies sexuelles et des combinaisons possibles entre sexualité, couple et sentiment confirme qu’il existe aujourd’hui des modèles variés de l’infidélité.

Les relations extraconjugales aujourd’hui semblent facilitées par le fait que les femmes ont une activité salariée ; assurément, l’accession massive des femmes au milieu du travail, ainsi que la contraception et l’ensemble des changements de mœurs, a accru pour elles la possibilité d’entrer en infidélité, de vivre de nouvelles expériences et de modifier la représentation qu’elles ont du couple et de la fidélité.

Elles font de la sexualité une source d’épanouissement personnel et non plus une corvée, ce qui modifie le rapport qu’elles ont aux hommes.

De leur côté, les hommes, qui ne sont plus les seuls à porter le désir sexuel, s’autorisent davantage à exprimer leurs besoins de sentiments, d’amour et d’affectivité.

Les nouvelles libertés sexuelles ont peut-être le désavantage de déstabiliser les individus mais elles leur apportent néanmoins l’espoir de vivre selon leur volonté. Ainsi, on peut aujourd’hui mieux contrôler son destin amoureux.

Res(sources) : Mémoire DIU de Sexologie – Nantes 2014

Géraldine CHANAL
Psychologue – Psychothérapeute
3 rue des Cottages 75018 Paris
Tel : 07 86 05 00 87